La foodtech en Janvier

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Temps de lecture estimé: 9 minutes

Le mois dernier j’avais terminé mon article sur une note d’optimisme, en parlant ‘d’âge d’or de la livraison’, notamment ici à Lyon de part la concurrence apportée par Stuart et surtout Uber Eats.

Je me suis sans doute un peu vite emballé, même si je pense qu’à moyen/long terme la livraison ‘légère’ du dernier kilomètre devrait prendre de l’ampleur au vu de l’encombrement des centres villes, des préoccupations écologiques et du souhait sans cesse croissant des clients d’être livrés dans la journée voire dans l’heure.

Mais en ce qui nous concerne dans l’immédiat, j’ai envie de dire que Uber Eats à fait ‘pschiit’.

J’en étais à peu près certains lorsqu’ils ont débarqués à Lyon, mais leur discours rassurant ainsi que la remontée des tarifs après de violentes baisses m’en avait fait douter.

Uber fidèle à sa réputation.

Après avoir lâché des gros billets, Uber tend ainsi à ‘smic-iser’ ses livreurs avec des taux horaires en chute libre.

Connaissant leur manière de faire pour avoir assisté à leur implantation à Paris il y a un an (et en ayant depuis un oeil sur le groupe facebook des livreurs), et ayant eu part comme tout le monde de leur agissements face à leur chauffeurs VTC, j’ai presque honte d’avoir cru à leurs blablas.

Il y a bien eu un vent de révolte avec des non connexions pour faire remonter les tarifs. En fait, après entretien d’un représentant du groupe des coursiers avec le responsable local, il s’avère qu’ils ont bien vu le mouvement, mais qu’ils en ont rien à faire étant donné que pour 50 gars non connectés, 200 autres sont prêt à bosser.

Idem pour les taux horaires: ils ont constaté qu’en les baissant cela n’influe pas sur le fonctionnement de leur service, donc ils ne s’en privent pas. Ils ont au moins l’honnêteté de le dire.

Quid des tarifs en Janvier?

Vous trouverez toujours des gars satisfait des rémunérations de Uber. Pourquoi? Simplement car beaucoup ne comprennent pas la tarification en place, de plus une bonne partie sont des étudiants et n’ont aucune idée du coût de la vie réelle (l’Accre n’aide pas pour cela…). D’autres encore ont besoin d’argent à tout prix, or Uber étant la boîte la moins contraignante en ce qui concerne ‘l’embauche’, on ne peut pas leur en vouloir de s’en sortir à n’importe quel prix.

Le tableau qu’ils nous envoient chaque semaine est flatteur, affichant des taux horaires le 18 à 23e le soir (19 à 22h).

Sauf qu’il s’agit d’une rémunération brute, à laquelle Uber retranche 25%. Cela donne des taux nets horaire de 13.5 à 17.25€.

Pas si mal que ça? Oui, si l’on ne souhaite bosser que 3 heures par jour et/ou le week end, Uber Eats est actuellement sans doute ce qui est le mieux pour un nouveau livreur.

Bien pour un étudiant ou quelqu’un cherchant à compléter son salaire. Mais dès que vous souhaitez travailler un peu plus, il va falloir vous booker sur des créneaux beaucoup moins intéressants.

Dès qu’on veut faire un 18/19h ou un 22/23h, le taux horaire après commission Uber passe à 9.75€, soit le smic horaire.

Idem pour les midis en semaine. Le week end le taux passe à 9€. Le 11/12h passe même à 7.5€ (25% sous le smic).

Une journée complète en semaine (11h de boulot, soit de 11h à 16h puis 18h à minuit) pouvait vous rapporter 109€ en janvier, soit à peine plus que le smic (on rappelle que ce dernier inclus en plus les congés payés, le chômage, la retraite, etc..).

Le dimanche, en journée continue, vous pouviez gagner 137€ pour 13 heures de boulot, soit 10.5€ de l’heure.

Il vous faudra aussi garder en tête que pour avoir droit à ces taux horaires, il vous faudra faire une course par heure en moyenne sur la semaine, sinon vous ne serez payé qu’à la course. Et d’après les retours que j’ai, c’est de plus en plus dur à réaliser, car il y a beaucoup moins de commandes qu’il y a quelques semaines en arrière.

Volonté de Uber de ‘baiser’ ses livreurs en surbookant les créneaux, ou bien réelle baisse d’activité?

Pour vous donner une idée de l’arnaque du truc, imaginons l’hypothèse suivante:

-vous souhaitez juste bosser un dimanche pour vous faire un peu d’argent de poche

-vous travaillez 13 heures, en espérant empocher les 137€ de la journée complète

-manque de bol, il n’y a pas assez de boulot et vous ne faites que 10 courses

-vous ne serez payé que le tarif des 10 courses, soit entre 45 et 70€ selon la longueur de celles ci

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Bon, ça c’était en janvier, et le temps que je termine cet article, de nouvelles rémunérations sont arrivées.

Les nouvelles tarifications de Uber: suppression des minimums garantis.

Lorsque Uber a débarqué à Lyon, ils ont joué les mecs cools, assurant qu’ils n’abaisseraient jamais les rémunérations au niveau de la concurrence.

Deux mois plus tard, voici ce qu’il reste comme minimums garantis (et ils annoncent que ces minimums ne seront en place que quelques semaines avant de disparaître complètement):

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Pensez toujours à enlever 25% de commission Uber. Cela donne 12€ net les soirs en semaine, 13.5€ net les vendredi/samedi et 15€ net les dimanche, ce qui est à peu près équivalent aux tarifications de Deliveroo Lyon.

En dehors de ces créneaux, vous serez payé à la course, avec un nouveau bonus de 1.5€ par course.

Tout est expliqué icihttps://www.uber.com/fr/drive/resources/primes-ubereats-lyon/

Comme cette page sera modifiée dans le futur, j’ai fait une sauvegarde que vous pouvez consulter ici.

Pour résumer, les courses en dehors de ces créneaux vous sont payées 1.3€ du kilomètre, 2.5€ à la prise en charge (quand vous récupérez la commande) et 1€ quand vous la livrez. Le tout est soumis à 25% de frais Uber.

A cela vous rajoutez 1.5€ net.

Sur le principe c’est pas plus mal (deux livraisons longues par heure = 14€ net par heure), cela évite d’avoir des gars qui glandent pour toucher les minimums et cela remet en place la ‘carotte à la course’ dont je parlais dans un précédent article. Mais l’arnaque c’est que sans minimum garanti, vous pouvez tout à fait faire de l’astreinte non rémunérée!

Pour que ce système soit rentable du point de vue du coursier, il faut avoir un flux continu de commandes, ce qui ne semble pas vraiment le cas au vu des retours que j’ai.

Un midi à 2 courses? Ce sera 12€ pour 3 heures de boulot!

De plus la décomposition du paiement à la course en deux parties: ‘prise en charge’ plus ‘livraison’ permet de sous payer les doubles commandes.

En effet dans ce cas (deux commandes à récupérer dans un même restaurant), vous ne touchez qu’une seule fois les 2.5€ de prise en charge.

Enfin, comment Uber va pouvoir ‘calibrer’ le nombre de coursiers avec un tel système? Lors de leur arrivée, ils nous avaient assurés qu’ils feraient tout pour que l’on ait assez de courses, tout était prévu d’après eux. Ils voulaient de leur côté être rentable (ce qui est normal évidement), mais aussi nous garantir suffisamment de travail.

Avec ce nouveau système, qu’est-ce qui les empêche de surcharger leur flotte de livreurs, puisque ceux ci ne sont payés qu’à la course?

Stuart se mue en livreur de pizzas

Comme je l’écrivais le mois dernier, Stuart permet de se faire de belles soirées grâce aux bonus, malgré une activité moindre que chez Deliveroo.

Mais de part cette incertitude toutefois de pouvoir systématiquement toucher les bonus, je n’avais gardé Stuart qu’un soir par semaine afin de rester actif en attendant son expansion dans des domaines autres que la livraison de repas.

Car en effet Stuart grossi de semaine en semaine et d’après l’équipe des records en terme de commandes tombent régulièrement.

Quelques termes issues d’une de leur newsletter ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd: ‘tournée’, ‘pooling’ (je ne sais pas ce qu’ils entendent exactement par ce terme mais j’ai l’impression que c’est une manière de bosser à la Foodcheri, c’est à dire en amenant avec soi plusieurs contenus à distribuer ensuite au grès de la demande).

Bref, une extension de l’activité amenant Stuart à se rapprocher du métier de coursier classique à vélo, chose que j’attend depuis longtemps car ne livrer que de la bouffe, c’est bien joli mais bon…

En fait , il se passe tout le contraire. Car de plus en plus de ‘clients’ (comprendre restaurants partenaires) de Stuart ne sont pas équipés de moyen de paiements online, et c’est à nous livreurs de se trimbaler avec du liquide, faire l’appoint et retourner au resto pour rendre la monnaie.

Ca n’a pas l’air de gêner grand monde, mais en ce qui me concerne c’est ‘no way’. Mon métier c’est de livrer, pas de faire le commerçant. Ca me faisait déjà assez chier de devoir faire signer le client sur MON portable (perte de temps car il faut le retirer du support/enlever la pochette de protection, et ça m’amuse pas plus que ça de devoir faire toucher mon téléphone perso par des inconnus), si en plus il faut faire la monnaie avec SON argent, et retourner la rendre au resto, comment on peut être efficace et enchaîner les livraisons?

Pour achever le tout, d’après les echos issus des différents groupes FB que j’ai pu avoir, même à Paris l’activité hors bouffe reste encore négligeable, j’ai donc l’impression qu’espérer livrer autre chose que de la bouffe restera une douce utopie chez Stuart. Dommage!

Deliveroo en mode rush c’était trop beau pour durer

Fin décembre et début janvier c’était la folie chez Deliveroo. Connexion à 18h15 et bip, première commande qui tombe, puis enchaînement non stop jusqu’à 22h45 voire 23h.

12,13,14 courses sur un shift long (15,16 pour certains, soit plus de 3 courses par heure en moyenne, peut être même 4 par heure sur les shift courts), voila qui avaient reboosté ma motivation pour ce boulot. Je sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne je n’aime jamais autant mon métier que lorsque je regarde l’heure et me dit ‘tiens, 3 heures que je bosse et j’ai pas vu passer le temps’. Sans compter les bonnes payes qui tombent ensuite.

Hélas, cela n’aura pas duré longtemps. Depuis la dernière semaine de Janvier l’activité diminue régulièrement, au point qu’en ce moment je dois attendre parfois une heure ma première commande.

De même, comme en octobre/novembre, passé 21h20/30, il n’y a plus grand chose à se mettre sous la dent. Il arrive même de devoir attendre 5/10 minutes une course en plein rush!

En terme de courses cela reste encore potable (9 à 11 sur du long, à peu près pareil sur les courts puisque avant 19h et après 22h c’est plus ou moins mort), mais si cela devrait encore diminuer ce serait la cata pour le taux horaire, nous obligeant à travailler plus pour gagner la même chose.

Quelle en est la raison? Certains pensent que les livreurs Uber sont retournés chez Deliveroo, d’autres accusent les scooters de nous bouffer nos courses (il y en a facilement 5/6 dans ma zone contre 2 auparavant), d’autres plus fatalistes évoquent juste une baisse temporaire d’activité. Difficile à dire. Les plannings sont en effet plus remplis, mais en même temps tout dépend des places allouées, et cela reste difficile à évaluer car les créneaux changent chaque semaine, avec en plus la mise en place de mini créneaux d’une heure.

J’ai vraiment du mal à trouver des raisons à tout ça. Quand j’étais à Paris c’était plus simple: jour de pluie? soirée foot? Bam, commandes en hausse.

Mais ici c’est plus compliqué. Il y a en plus une culture de l’excuse (qui n’est pas propre aux coursiers, c’était pareil dans les communautés web quand j’étais webmaster): c’est les vacances, c’est la fin du mois, c’est les soldes, c’est le soleil, c’est le froid, c’est les fêtes, c’est l’actualité, bref il y a toujours une bonne raison pour expliquer une faible activité!

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