Au tour de Foodora…

Spread the love

La nouvelle est tombée aujourd’hui: Foodora va se retirer de plusieurs pays (dont la France, à une date non encore connue), incapable de suivre la folle progression de Deliveroo et UberEats. Deux ans presque jour pour jour après l’arrêt de Take Eat Easy.

Même si je ne suis plus vraiment dans le game des livraisons depuis bientôt presque un an, ça fait un petit pincement au cœur et une grosse bouffée de nostalgie dans la tronche. Remontent à la surface des souvenirs de début 2016 à Paris, où l’on avait l’impression d’être une communauté soudée souvent passionnée de vélo: on se connaissait tous de vue, la ville nous appartenait et on avait l’impression que tout était possible dans ce business qui explosait de semaine en semaine, des taux horaires de malade, des primes dans tous les sens…

C’est devenu quoi aujourd’hui? Un job qui tend de plus en plus à se clochardiser, dont la majorité des acteurs n’a pas grand chose à faire ni du vélo ni du métier, d’ailleurs, on croise parfois plus de scooters avec le cube dans le dos que de livreurs à vélo.

Foodora était un peu le dernier héritier de l’esprit d’origine, en tout cas vu de l’extérieur car je n’ai fait qu’un seul shift pour eux. J’ai d’ailleurs un article à ce sujet dans mes brouillons depuis des mois, non finalisé mais que je publierai peut être en l’état à titre posthume -sic-.

Héritier, car il était le dernier à faire un shift d’essai (musclé), à payer à l’heure (je ne compte pas les garanties minables de Stuart) et à offrir primes week end et pluie.

On pouvait se douter qu’un truc clochait. Outres les problèmes de fonctionnement qu’évoquaient certains coursiers au détour de conversations, Foodora est restée bloquée dans son expansion depuis mi-2017. Les dernières villes ouvertes (Toulouse, Montpellier et Strasbourg) l’ont été en avril et mai 2017. Un bail dans ce milieu qui avance à la vitesse de la lumière! Huit villes seulement étaient couvertes par la boite allemande, c’est ce qu’ouvrent Deliveroo ou UberEats chaque mois en période faste!

J’écrivais ici , il y a presque un an, qu’une boite de foodtech qui n’avance pas est condamnée. L’avenir m’aura donné raison, malheureusement.

Je me rappelle aussi qu’il y a quelques mois on avait reçu des SMS pour nous demander de venir ramener le matos si on ne shiftais plus, sous peine d’encaisser le chèque de caution. Bizarre, alors qu’ailleurs ça distribue à tout va gratuitement (j’ai pu avoir cube, sac isotherme et casque gratos chez Deliveroo il y a moins d’un mois en repostulant…). Comme beaucoup, mon chèque ayant plus d’un an, je me suis gardé tout le matos, ça compensera pour toutes les enculeries auxquelles j’ai eu droit de la part des boites de foodtech 😉.

Hasard ou pas, la marque avait décroché dans google trends peu après avril/mai 2017:

Techniquement, la situation est tout de même différente qu’avec TEE. Foodora ne va pas disparaître avec la caisse, d’ailleurs sa maison mère allemande Delivery Hero croule sous les milliards de ses levées de fond. Le retrait du marché Français (mais aussi en Australie, Italie et Pays bas) est purement stratégique: voyant qu’elle ne peut atteindre la place de leader (le fameux ‘winner takes it all’ qui veut qu’à la fin il n’en restera qu’un – #Brogniart), elle lâche simplement l’affaire pour se concentrer sur ses marchés clefs.

Certains articles évoquent le fait que Foodora soit à vendre. Mais vendre quoi? On se rappelle par exemple que Just Eat avait racheté le nom de domaine http://www.takeeateasy.fr/ pour le faire pointer vers son propre site, ainsi que la base client de TEE. Ou encore que cette même boîte avait mis la main sur la technologie de TokTokTok lors de sa fermeture.

Est-ce qu’un des leaders en place pourrait racheter Foodora France pour élargir son marché et continuer d’opérer la franchise sous ce nom? J’en doute, pourquoi s’emmerder à racheter un outsider bien moins connu que sa propre marque qui se développe exponentiellement?

Les accords avec les restos qui étaient exclusifs Foodora (s’il y en avait?) vont vite être partagés entre Deliveroo et UberEats. La base client pourrait faire l’objet de convoitises. L’algo? Aucun intérêt quand on tourne déjà à plein régime et que l’on a des stratégies bien en place dont le développement a été coûteux.

Les coursiers?

 

 

Il y aurait environ 2000 coursiers Foodora en France (je pense que le chiffre est largement exagéré), dont certains anciens qui avaient quitté Deliveroo l’an dernier lors de la mise en place des nouvelles tarifications. Pour beaucoup, cela risque d’être un retour à la case départ, assez violent quand on voit les conditions tarifaires des boîtes restantes.

Je pense notamment à ceux qui sont à 3 voire 4€ la course, que ce soit par leur ancienneté (en province) ou par leur volume de commandes mensuel (cas des coursiers parisiens qui ont une prime à la quantité). Ce sont des coursiers qui tournaient probablement entre 17 et 20€ de l’heure, voire un peu plus. Ça va être compliqué de retrouver un tel salaire horaire ailleurs, surtout en province!

Désormais, le choix est très réduit pour les livreurs à vélos. Surtout depuis que Deliveroo est passé à une tarification ‘à la Uber’ (c’est à dire au kilométrage). Qui dit concurrence réduite, dit baisse des tarifs. Il n’avait pas fallu 2 mois à Deliveroo après la fermeture de Take Eat Easy pour baisser ses tarifs et supprimer toute garantie horaire (ou presque) en passant à un paiement à la course au lieu d’un paiement horaire et course. Et moins de 6 mois plus tard, les primes week end sautaient ainsi que les primes pluie.

Rendez vous donc l’année prochaine pour les courses à 4€ 😐.

 

6 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *