Les offres d’emploi bidonnées de Deliveroo (et des autres aussi…)

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C’est de bonne guerre: les tarifs horaires annoncées sur les ‘offres d’emploi’ des startup de food delivery sont largement surestimés. Jusqu’à récemment, les boîtes pouvaient se couvrir par le fait que les taux horaires indiqués étaient des maximums atteignables, mais avec la baisse massive des revenus (du côté de Deliveroo notamment), les fameux ‘20 euros de l’heure‘ (hors pourboire, en plus…) relève du fantasme le plus total.

En pratique, il faut distinguer le taux horaire ‘en pointe’ (ce que l’on va gagner en milieu de shift, en pleine bourre, de 20 à 21h par exemple) et le taux horaire moyen.

Alors oui, en plein rush, faire 3 ou 4 livraison en une heure est tout à fait possible, mais ce qui compte c’est le taux horaire à la fin de la soirée, voire à la fin du mois.

Sur un shift entier, j’ai atteint ou dépassé les 20 euros de l’heure seulement 8 fois en 250 shifts (dont la moitié chez TEE, et une bonne partie grâce à la prime pluie ou grâce à des shifts courts centrés sur les heures de rush).

Analysons de plus près une offre d’emploi de Deliveroo Lyon:

  • Quels sont les avantages ?

– Être indépendant et libre d’aménager ton propre emploi du temps
– Gagner jusqu’à 20€ de l’heure (sans compter les pourboires)
– Bénéficier de conditions tarifaires exceptionnelles (intempéries, weekend, recommandation..)
– Faire partie de la plus grande communauté de bikers professionnels de France
– Bénéficier d’un équipement de qualité fourni par Deliveroo
– Garder la forme en faisant du sport !

 

Être indépendant et libre d’aménager ton propre emploi du temps

Sur ce point, Deliveroo Lyon dit la vérité, car contrairement à Paris, on peut décider chaque semaine de son emploi du temps dans son entièreté. Selon les places disponibles, on peut même se booker un shift pour le soir même!

 

Gagner jusqu’à 20€ de l’heure (sans compter les pourboires)

sans compter les pourboires? Are you fucking serious?

 

Je vois débarquer des nouveaux chaque semaine, qui s’imaginent qu’ils seront encore payé 7.5€ de l’heure + le montant de la course.

He bien non, pour atteindre les 20€ de l’heure il va te falloir faire 4 livraisons par heure, chose que je n’ai jamais atteint même à Paris centre, la zone la plus dense de la capitale.

Lors du grand rush de Mai (temps pourri, c’est lors de ce mois que j’ai battu tous mes records), j’ai longtemps tourné à une moyenne de 2.8 courses par heure, avant de me stabiliser à 2.5.

A Lyon, j’ai encore jamais réussi à atteindre les 2 courses par heure en moyenne, soit moins de 10€ de l’heure avec la nouvelle rémunération.

Bénéficier de conditions tarifaires exceptionnelles (intempéries, weekend, recommandation..)

Quoi, les fameux bonus qui sont supprimés au fil des mois?

 

Le bonus intempérie est basé sur un taux de pluviométrie issu des relevés météo. La valeur du seuil de déclenchement du bonus (en mm) a été augmentée récemment, de telle sorte qu’à moins d’un déluge, on ne touchera jamais ce bonus lors de précipitions.

Lors du mois de Mai, Paris a battu tous ses records de pluviométrie depuis l’existence des relevés météo. J’ai touché la prime sur 4 shifts au total (dont deux sur la même journée).

Samedi et dimanche dernier il a plu durant tout le long de mes shifts sur Lyon (dont le dimanche de 11h à 22h). Une pluie fine certes, mais suffisante pour rendre les pavés et les descentes dangereuses, et me donner un bonne crève pour toute la semaine suivante. Bonus pluie? Nope!

Bonus week end? Il a simplement disparu pour les coursiers avec la nouvelle rémunération, remplacé par un minimum de 3 courses par heure assurées le dimanche soir.

On va dire que le dimanche soir est ma meilleure soirée, avec environ une moyenne de 2.5 courses par heure. On te ‘donne’ donc 0.5 course par heure en plus, soit 2 courses sur le shift long du soir. Soit 10€. Contre 50€ auparavant pour les 3 soirs du vendredi au dimanche.

Recommandation? Une prime anecdotique car seulement ponctuelle. Jamais essayé, tout ce que je sais de cette prime (une cinquantaine d’euro par coursier ‘recommandé’, à condition que ce dernier effectue un certain nombre de shifts durant son premier mois) c’est les retours des mecs qui viennent réclamer leur bonus sur le groupe FB, prime que certains attendent avec plusieurs mois de retard.

 

Faire partie de la plus grande communauté de bikers professionnels de France

Ha oui, ça c’est de l’avantage! Un groupe Facebook qui permettrais à tous les bikers de France de communiquer sur leurs conditions de travail, de remonter des anecdotes marrantes, etc…

Non en fait un groupe facebook ultra censuré, dont les seuls messages qui filtrent sont ‘où est l’adresse du bureau?’, avec tout en bas la mention ‘l’administrateur du groupe a bloqué les commentaires de cette publication.’

 

Bénéficier d’un équipement de qualité fourni par Deliveroo

 

Bon, il faut leur pardonner car à la base Deliveroo est surtout une boîte londonienne de livraison à scooter. Ils n’ont aucune idée de ce que c’est que de faire du vélo ‘sportif’.

J’en fait depuis des années, et ni leur veste ni leur ‘jersey’ ne sont adaptés à la pratique du vélo. On ne parle même pas du fameux sac ‘cube‘, qui est ce qui peut se faire de pire pour le dos, quand on doit se le trimbaler pendant 10h en ville.

Quand ils nous ont présenté les nouvelles tenues, j’étais tout excité à l’idée d’avoir du matos proche de ceux qu’ils sont fait pour les bikers engagés aux championnat du monde de coursier (cuissard et maillot hyper ‘fit’, similaire à des tenues sportives). Las, il s’agit à peu de chose près du même matos qu’avant, rebrandé avec leur nouveau logo.

Ce que je reproche à leur matos, en plus d’être ample et donc de présenter une prise au vent inutile, est de ne pas être respirant comme devrait l’être une tenue sportive. La veste tient chaud certes, mais garde la transpiration sans l’évacuer: lors des descentes on est refroidi par la transpiration, le truc idéal pour prendre froid.

C’est pareil pour les jersey. Quant aux t-shirt, qui sont paradoxalement mieux taillés que les maillots, ils s’imbibent de la transpiration. Au fil de la journée, c’est traces de sel, auréoles sous les bras, odeurs de transpiration, etc… Ca fait mal au cœur quand on a dans son armoire du bon matos pour vélo, qu’on ne peux mettre sous peine d’être ‘sanctionné’.

En effet Deliveroo a mis en place tout un système de flicage et de délation pour traquer les bikers qui ne portent pas la tenue et/ou le sac: les restaurateurs peuvent nous signaler via leur tablette (fournie par Deliveroo pour la prise de commandes). Les membres du bureaux sont également à l’affût dans les rues. De même, la délation entre collègue est encouragée.

Autant de points qui se retourneront contre eux le jour où les premières plaintes pour salariat déguisé (c’est le cas de le dire :p) vont tomber.

Garder la forme en faisant du sport

 

 

A Lyon bien plus qu’à Paris, bosser pour Deliveroo vous permettra de développer une excellente condition physique. La longueurs des courses, les nombreuses montées feront de vous un cycliste de bon niveau.

Et Foodora?

Pour ne pas faire de jaloux, on notera que les annonces de Foodora reprennent à peu près les mêmes arguments.

Le grand jeux du bingo de la food delivery, on lance les dès et on obtient:

Une rémunération pouvant aller jusqu’à 20€/heure
100% des pourboires pour ta poche
Des heures flexibles, tu roules quand et surtout autant que tu veux !
Un équipement de qualité, digne des meilleures équipes du Tour de France
Une super communauté au sein de laquelle tu pourras t’éclater

Cependant, ils ont pour l’instant gardé les même niveaux de rémunérations que l’ancienne grille tarifaire de Deliveroo. Mieux, ils ont ‘augmenté’ leur tarifications, et c’est la première fois que je vois ça depuis que je fait ce boulot. Bon, c’est un peu vicieux car en fait ils ont bloqué le passage à 3 puis 4 euros la course (tout comme Deliveroo, au passage) pour le remplacer par un système de bonus.

En gros, en faisant un certain volume horaire dans le mois, vous obtenez un bonus de 1 voire 2 euros par course, ce qui revient à être facturé 3 ou 4 euros la course sur sa dernière facture, à condition de ne pas avoir de ‘no show’.

Pour quelqu’un de sérieux, un no show n’arrive jamais. Les seul 2 ou 3 que j’ai fait depuis janvier sont dû soit à des crevaisons / soucis mécaniques sur le chemin du boulot où au fait d’être malade (dans tous les cas j’avais prévenu le support juste avant le début du shift.)

Mais imaginons qu’une crevaison avant un début de shift soit considéré comme un ‘no show’. Un seul no show et vous perdez, pour un temps plein (c’est à dire environ 300 courses dans le mois), 300 fois 2 euros. Ca fait mal non?

Ca me rappelle le système de strike de Take Eat Easy, où avec seulement 2 strikes vous pouviez perdre tous vos bonus et minimum de la période de facturation, soit potentiellement plusieurs centaines d’euros.

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