Coursier pour Deliveroo, le point après plus de 3 mois

Spread the love

(Ce récit d’expérience concerne Deliveroo Paris)

Deliveroo au départ: la lune de miel

Lors de mon précédent article sur mon blog ‘sportif’ début mars, j’en étais à un mois d’expérience avec Deliveroo.

J’étais déjà très satisfait de ma collaboration avec cette boîte: la rémunération est bonne, la stabilité assurée par le report chaque semaine de ses créneaux horaires (shifts).

Au mois de Mars, j’ai même réussi à prendre des shifts de l’après midi: j’ai ainsi pu faire quelques journées entières de travail, soit de midi à 23h15!

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il y a pas mal de commandes en après midi: entre les brunchs à rallonge et les petites faims de l’après midi et de début de soirée (burger,crêpes, mais aussi glaces car on livre la chaîne Amorino, etc…).

J’ai ainsi pu faire des journées de 100 euros, allant même jusqu’à atteindre les 140 euros!

Je vais malheureusement perdre ces créneaux rémunérateurs dès que je vais prendre mes premiers congés. Et jusqu’à présent (deux mois plus tard), impossible de réussir à remettre la main dessus 🙁

Il n’y a en effet que 25 places pour ces créneaux (14h30/19h) contre 120 à 150 pour les shifts du soir (19h15/23h).

J’ai beau me replacer en file d’attente chaque semaine, rien à faire. Je pense que seule une poignée de privilégiés y a accès (anciens, ‘potes’ de l’équipe administrative, etc…). Pour ma part j’avais pu en réserver seulement lors du changement de zones où un bug avait rendu tous les créneaux vierges: il suffisait de cliquer dans staffomatic (l’appli de réservation des créneaux) pour avoir son shift.

Bref, tant pis pour les aprems.

En Avril Deliveroo offre les frais de livraison (normalement 2,5 euros) et les commandes explosent. J’améliore d’environ 20% mon ratio de courses par heures. Mais j’ai conservé, et même encore amélioré ce ratio en Mai.

Je pense que la raison première est que je me suis tout simplement amélioré 🙂 En effet je commence à très bien connaitre ma zone (1er, 2e et 9e arrondissement surtout) et ses restos.

Quand j’ai commencé, je livrais à l’origine uniquement sur le 1er arrondissement. Lorsque ma zone s’est étendue pour se transformer en ‘PCN’ (Paris Centre Nord), le 9e arrondissement me semblait le bout du monde 😀

Je le connais presque comme ma poche aujourd’hui 🙂

Autre bonne nouvelle en Avril, mon passage de 2 à 3 euros la course. J’avais peur que Deliveroo me fasse un sale coup pour me bloquer à 2 euros, et ça n’a pas loupé car après avoir fait traîner pendant 10 jours l’envoi de l’email d’audit des mes perfs j’ai reçu un truc complétement bidon (comme la plupart de mes collègues) qui m’indiquait que j’avais manqué… la moitié de mes shifts!

En effet cet email d’audit de perfs attribue plusieurs maillots (jaune, vert ou blanc) en fonction de différents indicateurs chiffrés:

  • temps de réponse à une nouvelle course (le truc vraiment débile car il faut valider la commande sur son smartphone en moins de 30 secondes alors qu’on est en train de rouler la plupart du temps…)
  • présence aux shifts supérieurs à 97%
  • pas de signalement de mauvais comportement de la part des restos ou clients

Autant dire que Deliveroo peu manipuler les chiffres comme il le veut, on a aucune preuve de quoi que ce soit.

Bref, ce mail m’indiquait que j’étais maillot jaune pour le temps de réponse et le comportement, mais blanc pour la présence au shift, avec seulement 57%!

Il a fallut râler par email et attendre encore quelques jours pour avoir confirmation de l’erreur de leur part et avoir mon passage à 3 euros!

Le point positif est que ce passage a été rétroactif à la date anniversaire de mon entrée chez Deliveroo. C’est normal, mais avec ce genre de boîte il faut souligner l’effort qui a été fait…

Au final, les shifts deviennent donc extrêmement rentables, avec des 17/18€ de l’heure et des soirées à 70/80 euros.

J’étais tellement content de Deliveroo jusqu’à début Mai que j’étais à deux doigts de leur laisser un message pour le leur dire.

Mais ça, c’était avant.

Deliveroo, les gros fils de pute

(ça soulage :))

Je suis comme la plupart des autres coursiers dans le groupe privée Facebook, et je trouve la manière dont répond l’administrateur assez honteuse. Le ton est hautain, moqueur, dédaigneux.

Il arrête pas de nous répéter que l’on est des pros et qu’il faut agir en tant que tel, alors que leurs manières ne le sont pas du tout…

Pareil une fois, alors que j’attend 40 minutes devant un resto et que mon appli se met en mode ‘livraison en cours’ comme si j’avais récupéré la commande et que j’étais en route chez le client (un bug qui arrive de temps en temps…), je reçois un appel hyper désagréable me disant un truc du genre ‘mais tu fous quoi ta commande devrait être livré’. Bref, on nous prend pour des sous merdes alors que pas mal de coursiers sont bien plus diplômés que l’équipe tech/administratifs.

J’ai pris quelques jours de congés pour le week end de l’ascension, demande déposée 7 jours avant comme il nous ait demandé de le faire. Je vois que mes shifts ne sont pas reportés sur le staffomatic, j’attend quelques jours et leur demande ce qu’il se passe.

La réponse m’a laissé tout d’abord sans voix: ‘postule et si des places se libèrent ont te remettra dessus’.

Mes complaintes sur le groupe Facebook sont restées sans réponses. Tout au plus l’admin m’a laissé un message privé confus pour me dire que c’était pas leur faute mais celle de l’appli.

Oui, vous avez bien lu, j’ai tout simplement été plus ou moins viré pour avoir pris des congés (3 jours…).

Alors j’ai pas tout perdu certes, il me reste 2 shifts du soir (ceux non inclus dans mes ‘congés’) et j’ai pu en rependre un autre.

Mais ce sera tout car l’ensemble des shift est full: impossible de choper un créneau du midi ,et je parle même pas des après midi évoqué plus haut.

La perte des week ends signifie également la perte des bonus associés, soit 200 euros par mois.

C’est tellement gros que je me dis que c’est une erreur et qu’il vont me recontacter pour s’excuser et me rendre mes shifts, mais non voila le vrai visage de l’uberisation dont je me retrouve honteux et bien con d’avoir tant souvent pris la défense.

Bref, la consigne que je donnais dans mes premiers articles de multiplier les boites de livraison pour ne pas dépendre d’un seul acteur est plus que jamais d’actualité.

Je suis donc retourné chez Take Eat Easy que j’avais gardé sous le coude et j’ai pu combler plus ou moins les pertes de ce qu’il faut bien appeler un sacré coup de pute.

Puisqu’on en est aux coups de pute: une des mises à jours de l’appli a discrètement remplacé le bouton ‘ok’ par un slider à faire glisser pour faire valider la commande. Il faut ensuite re-slider pour confirmer. Autant dire que globalement, et statistiquement, ils vont faire monter les temps de réponse artificiellement afin de pouvoir niquer quelques coursiers au passage (surtout que le slide foire une fois sur deux avec le plastique de la pochette de protection du téléphone). Je serais pas étonné d’être comme par hasard à 34s lors de mon prochain audit 🙂

Autre truc marrant: on a reçu un email dans lequel ils déplorent trop d’absences aux shifts: ba oué, si on se fait baiser en devant déposer nos demandes d’absence 7 jours à l’avance avec pour résultats de perdre nos shifts à notre retour, il n’y a aucune raison de se priver de louper des shifts…

Donc Deliveroo, à éviter si vous souhaitez prendre des congés de temps en temps et que vous n’avez rien d’autre à côté 🙂

Deliveroo, les perspectives à moyen terme

Je fais pas mal de veille sur les sociétés de livraison à modèle ubérisé. J’ai récemment appris que les ‘bikers’ (notre petit surnom chez Deliveroo) anglais étaient passé d’un modèle de tarification identique au notre (7.5€ l’heure et 2 à 4 euros la livraison) à une tarification horaire: 10€ l’heure en semaine, 15 le week end.

Personnellement je tourne (tournais, car sans les bonus week end je vais perdre beaucoup) entre 17,5 et 18,5 euros de l’heure. Le jour où Deliveroo France va passer au modèle anglais, ça va être un massacre.

Mais la grogne gagne pas mal les coursiers, on le voit que ce soit sur Facebook où dans la rue entre deux courses. On est certes remplaçable facilement, mais le jour où 150 coursiers vont faire requalifier leur contrat en CDI où se barrer ailleurs du jour au lendemain ils vont pas trop comprendre 😀

Uber en a récemment fait l’expérience: le groupe avait démarré en fanfare en spammant les groupes existants sur Facebook à coup d’annonces alléchantes pour son service de livraison de repas UberEats (7.5 euros de l’heure + 7.5 euros la livraison).

Du jour au lendemain ils sont passé à 3.5 euros la course plus une indemnité kilométrique. Ils sont passé de boite la plus rentable à celle la moins intéressante, et le résultat ne s’est pas fait attendre: tout le monde s’est barré.

Un restaurateur me confiait récemment que ça leur arrivait de recevoir des commandes UberEats, mais non livrables car il n’y avait plus de coursier pour venir la récupérer et la livrer!

Après, c’est sûr que globalement on n’est pas en position de force: le jour où toutes les boites baisseront simultanément leur tarification se sera la fin de l’âge d’or et il sera temps de passer à autre chose.

Elle ne récupérons alors que les clochards sur des VTT déglingués, mais à priori cela leur suffit.

D’ailleurs je soupçonne que le fait de virer les gens après congés fasse parti de leur stratégie: cela oblige les ‘anciens’ à filer ailleurs afin de ‘rafraîchir’ leur flotte de coursier. Qui dit petits nouveaux dit baisse de tarifs sans faire trop de vagues, puisque la majorité de ceux qui auront connu l’ancienne grille tarifaire ne seront plus là.

109 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *